Askotts Classic #1

Charette de la Contrie

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A propos

Frédéric Viau-Davodeau a participé, avec ses équipes, à de nombreux projets créatifs au fil des années qui ont fait l'objet de nombreuses expositions. Passionné d'histoire, d'images et de livres, il a participé à plusieurs ouvrages littéraires et photographiques.
Le projet Askotts Classic allie peinture numérique et impression haute qualité pour proposer des oeuvres originales époustouflantes. Imprimées sur des blocs acryliques, elle éblouiront vos clients et visiteurs.
Pour plus de renseignements n'hésitez pas à nous contacter askottsdigital@gmail.com

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François Athanase Charette de la Contrie.

De rage
et de sang.

Figure fantasmée des guerres de Vendée, François Athanase Charette de la Contrie est un enfant de Couffé. Retour sur son histoire. Né le 2 mai 1763 à Couffé, en Loire-Atlantique, ce fils de la petite noblesse bretonne connaîtra un destin aussi romanesque que tragique et demeure l’un des visages les plus marquants de la résistance royaliste à la Révolution française.

Formé à la discipline militaire dès 1779, Charette s’engage comme garde de la Marine à Brest et participe à la guerre d’indépendance américaine. Il sert d’abord au large des côtes françaises, puis dans les Antilles, avant de naviguer dans les mers du Nord et en Méditerranée. Promu lieutenant de vaisseau en 1787, il quitte la marine trois ans plus tard, au moment où la Révolution bouleverse l’ordre établi. Installé à La Garnache, en Vendée, avec son épouse Marie-Angélique Josnet de La Doussetière, Charette semble destiné à une vie paisible de gentilhomme rural. Mais en mars 1793, la révolte gronde. Des paysans insurgés contre la levée en masse viennent le chercher pour prendre leur tête. L’ancien officier, d’abord hésitant, devient rapidement l’un des principaux chefs de l’insurrection vendéenne.


Charette peine pourtant à s’imposer, mais son courage et sa ténacité en font une figure respectée. Malgré plusieurs défaites, il échappe aux redoutées « colonnes infernales » de 1794, qui ravagent la région. En février 1795, Charette signe la paix de La Jaunaye avec la République, mais la trêve sera de courte durée. Dès le mois de mai, il reprend les armes, encouragé par les princes en exil et soutenu par les Britanniques. En juillet, Louis XVIII le reconnaît comme généralissime de l’Armée catholique et royale. Traqué, isolé, abandonné par une partie de ses hommes, Charette est capturé le 23 mars 1796 dans les bois de la Chabotterie.


Le 26 mars 1796, à l’aube d’un printemps encore timide, une barque quitta lentement Angers, glissant sur la Loire comme un cercueil d’or et d’ombre. À son bord, des officiers, grenadiers, gendarmes ; autour d’elle, les chaloupes-canonnières alignées sur le fleuve tonnaient en salut d’adieu. Au centre de l’embarcation, Charette demeurait droit, impassible, la tête haute, comme s’il dominait encore les eaux qu’on lui imposait. Sur la rive droite, il apercevait les collines de son enfance si proches de Couffé, sa paroisse, et du château de la Contrie. À gauche, s’étendaient les terres du Loroux, pays de ses grenadiers, de ses fidélités. Le vent apportait le parfum humide des berges, et, l’espace d’un instant, l’homme que la République avait vaincu retrouvait son royaume de silence et de mémoire.


Le crépuscule tombait lorsqu’apparut Nantes, ville de pierre et de sang. À gauche, le Pont Rousseau, d’où jadis il avait tonné sur la cité insurgée ; à droite, les quais triomphaux qu’il avait foulés en vainqueur. Mais cette fois, ce n’était plus vers les salons parfumés de Mme Gasnier-Chambon qu’il se dirigeait — c’était vers la prison du Bouffay, sombre et sans retour. La barque s’immobilisa. Le cliquetis des armes fit frissonner la foule. À la lueur tremblante des falots, le prisonnier descendit, vêtu d’une veste grise aux revers rouges, ornée de fleurs de lys, coiffé d’un chapeau usé — dernier symbole d’un monde à l’agonie.


La porte se referma sur lui comme une tombe.


Le lendemain, 27 mars, le chirurgien des prisons tenta un pansement rapide ; Charette écourta la manœuvre d’un geste calme, presque impatient. Quelques heures plus tard, un détachement vint le chercher. Devant le général Duthil, il subit un interrogatoire long et froid. Les questions pleuvaient, mais Charette répondait avec une droiture presque sereine.


Oui, il avait repris les armes pour défendre le Roi légitime. Oui, il avait fait couler le sang à Belleville. Oui, il avait reçu l’or anglais — pour ses soldats, jamais pour lui. Et non, il ne trahirait aucun de ses lieutenants. Sa parole demeurait claire, comme un serment ancien que rien ne pouvait fléchir.


Alors, par cruauté ou par orgueil, Duthil ordonna qu’on le fît défiler à travers la ville. Ce fut un cortège d’humiliation — tambours, cuivres, cavalerie, cris — une tempête sonore où Charette avançait, sans chapeau, la tête nue, le regard fier, les blessures saignant sous les bandages. Les Nantais s’amassaient aux fenêtres. Certains insultaient, d’autres se taisaient — car dans sa démarche douloureuse, il y avait quelque chose d’inébranlable, presque royal. Un témoin dira plus tard : « Il avait le front haut et les yeux de feu. » À la Fosse, il chancela. On lui tendit un verre d’eau. Il sourit à Duthil et murmura : « Si je vous avais pris, moi… je vous aurais fait fusiller tout de suite. »


Puis il se redressa, reprit sa marche, traversant les rues de Crébillon et de l’Égalité sous les huées, sans jamais baisser les yeux.De retour au Bouffay, il reçut ses dernières visites : sa sœur, sa cousine, un tailleur fidèle venu lui apporter un peu d’humanité. Il les consola, comme si c’était lui qui les laissait en vie.Les heures suivantes s’écoulèrent dans la clarté vacillante des chandelles, entre deux interrogatoires, deux silences.Et lorsque, le 29 mars au matin, on l’appela devant le conseil de guerre, Charette de la Contrie se leva sans trembler. Il n’était plus un chef vaincu : il était déjà une légende.


Condamné à mort le jour même à 11 heures du matin, il est exécuté dans l'apres-midi, place Viarme à Nantes. L'abbé Guibert l'exhorte au courage.Le Coufféen lui répond : « J'ai bravé cent fois la mort, j'y vais pour la dernière fois sans la braver, sans la craindre. »Un roulement funèbre se fait entendre; Charette prononce distinctement un acte de contrition. On lui fait signe de se mettre à genoux, Charette refuse. On veut lui bander les yeux, même chose. C'est alors que Charette retire lentement son bras blessé de l'écharpe qui le soutient, place sa main droite sur son cœur et prononce ces paroles : « Soldats, ajustez bien, c'est ici qu'il faut frapper un brave ! »


François Athanase Charrette DELACONTERIE, ci-devant Lieutenant de Vaisseau, natif de Couffé, époux d’Angélique Josnet DELADOUSSETIERE , est mort le 9 de ce mois à 5 heures du soir, section et Place des Agriculteurs

Un généralissime de légende.

« Combattu souvent, battu parfois,
abattu jamais »